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mercredi 30 avril 2008

Car il faut mentir aux enfants…

Nous le voyions au Temps des Fêtes. Il était alors presque accompagné d’une femme artificielle. Elle, assise à un coin de la pièce, avec sa peinture et ses robes festives, lui à l’autre, camouflé dans le décor, le corps presque là, la tête dieu sait où, le cœur piétiné depuis longtemps.




Je me demande à quoi ressemblait sa voix. Je n’en ai pas gardé de souvenir. Mais son silence, je l’entends encore. Une énigme pour moi. Vous savez, ce genre d’énigme qui trouble les enfants… Car ils sentent qu’on ne leur dit pas tout et cela revêt les couleurs du danger.

Une prostituée? Je ne le saurai jamais. Ce dont je me rappelle, c’est que je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas. Vous comprenez?

Je ne comprenais pas ce lien supposé exister entre ces deux-là, qui était si évidemment faux. Je ne comprenais pas pourquoi on enfonçait ce mensonge dans ma tête, dans les apparences, comme si tout le monde était dupe ou avait laissé la totalité de ses neurones à la porte, avant de mettre les pieds dans la maison.

Vous qui lisez ici depuis un moment, vous savez bien que ce silence et ce mensonge s’ajoutaient à un autre.

Je ne comprenais pas. Vous saisissez?

Quel était donc ce secret immense? Était-ce un assassin? Un traitre à la nation? Un tueur en série? Un voleur de banque? Un mafioso? Un passeur de drogues? Un pédoph… non… ça c’était son frère.

Quand on ne dit pas, l’imagination ne manque pas de remplir les mailles échappées et de tricoter les histoires les plus abracadabrantes. Mais quand le silence est tel, le mensonge est si profond que l’on ne se sent pas même la permission d’imaginer… c’est de la mort. De la mort qui s’installe dans l’âme. Celle qui tisse les liens entre ces personnes, ces mannequins parlants, criant, gueulant, buvant, fumant, fêlant, piaffant, riant. Tous, sauf lui.

C’était peut-être lui qui aurait remonté la réputation et le niveau de respectabilité de la famille. Peut-être. Peut-être pas.

Je déteste les articles définis devant les noms de personnes et de nationalités, vous savez?

Des expressions que je ne peux voir en peinture ni entendre en sons : LES hommes; LES femmes, LES gais, LES Noirs, LES Blancs, LES Jaunes, LES autochtones; LES handicapés, LES Mexcicains; LES Chinois, LES…

Vous allez me demander d‘aimer toutes les femmes? Et celles qui se cachent derrière les hommes agresseurs? Les complices? Les agresseuses? Les pédophiles, Les violentes? Les violeuses? Les barbies? Celles qui nous font reculer? Et tous les hommes? Les violeurs, les pédophiles, les assassins? Les GI Jo? Inutile de continuer, je crois…




Les gais? Bien eux aussi, ils ne sont pas tous identiques. Étrange direz-vous peut-être… Ils sont déjà dans une catégorie différente. Ne me dites pas qu’ils sont en plus différents entre eux… Mais vous savez, non? Il y a ceux qui refusent les femmes à la porte, ceux qui sont violents entre eux, ceux qui s’accrochent aux stéréotypes masculins et féminins, les cuirs, les sado-maso, les…

Et il y a les autres, plus invisibles, à côté de nous. Ceux qui cheminent, ceux qui s’appellent elle entre eux parce qu’ils ne peuvent se résoudre à poser leur père comme modèle, ceux qui sont tout simplement, ceux qui ont des gestes différents, ceux que bien des femmes aimeraient convaincre de changer d’orientation pour les aimer. Parce qu’ils écoutent bien, pleurent, rient, dansent, prennent soin de leur personne, se soucient de leurs vêtements, de leurs cheveux, parce que souvent, ils sont effectivement tellement beaux, de toutes parts.

Et maintenant, nous allons faire un petit exercice.

Je vais vous rappeler encore quelque chose que je dis souvent. (Je radote.)

LES FEMMES ÉPROUVENT AUSSI DU DÉSIR SEXUEL. Elles n’ont aucun besoin d’un homme pour éveiller ce dernier, comme le racontent les écriveurs de contes pour enfants et le reprennent les scénaristes de Walt Disney, entre autres. Elles ont autant besoin de se contrôler que les hommes. Et on pourrait s’amuser longtemps à défaire toutes sortes de préjugés visant à rassurer certains hommes au sujet de leur pouvoir, des effets de leur contrôle, etc.

Alors, vous allez prendre le texte et transporter les phrases, exactement les mêmes, au féminin. Parler des gaies.

Les femmes se touchent et ce n’est pas grave. Les femmes montrent leur affection et c’est normal car elles n’on pas de désir sexuel. Vous croyez vraiment ces sornettes?

Il y a aussi eu ce garçon, qui préférait les chats à sa femme. Ils avaient divorcé. Ma cousine et son conjoint avaient divorcé. Ah bon! Il y a deux ans, peut-être j’apprenais que ces chats étaient plus grands que nature et moins poilus aussi. Association bizarre, déjà plus compréhensible pour moi, l’amoureuse des animaux…

Quand le silence est si lourd, si fabriqué que l’imagination n’y a aucun droit. Lavage de cerveau. Ça ne fonctionne pas toujours, il faut croire.

Il a passé sa survie dans la négation de son existence par celles et ceux qui étaient importantes et importants pour lui. Les liens du sang, foutaise! Ce n’est jamais automatiquement bon pour la santé…




Des expressions que je ne veux plus lire ou entendre ou voir :

TAPETTE --- FIFI --- FAG --- PÉDÉ --- HOMO --- ETC.

Pour diverses manifestations d'homophobie, allant de l'humour à l'injure...

Car c’était secret. Le frère de mon géniteur. Deux garçons, sept filles. Une famille très autoritaire. Qui parlait fort.

Sauf un.

Toute attitude, parole, comportement différent parce que la personne est gaie est discriminatoire. Que ce soit l’amour en bloc ou la haine totale. Des personnes, c’est tout.

Faire mal à l'un/e, c'est faire mal à l'autre. Je suis l'autre.



Zed



Pour mes amis les profs : on peut inviter un/e intervenant/e à l'école et il existe du matériel pédagogique ainsi que des affiches et des dépliants gratuits.






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10 airfolie(s):

Rosette ou Rosie, c'est pareil a dit…

Comme tu la manies bien cette plume, Zed.. Ton message est à la fois clair, touchant et émouvant. Que puis-je y ajouter, sauf que je suis parfaitement d'accord avec tous tes propos et que ton billet m'a émue aux larmes...
J'aimerais terminer mon observation en citant les paroles de Nicolas Malebranche : Les préjugés occupent une partie de l'esprit et en infectent le reste...
Bonne journée ma douce !

nina de zio peppino a dit…

J'aime tous les hommes…même si le terme inclutrxzsxqd la femme.

Circé a dit…

Entièrement d'accord avec toi. Particulièrement sensible également aux mensonges qu'on impose aux enfants qui ressentent souvent ce que l'on tente de cacher.

Zoreilles a dit…

Encore une fois, ton propos est touchant de sensibilité et de vérité.

Tu ne fais aucun compromis, Zed, par rapport à ce que tu crois fondamentalement. Tu accordes beaucoup de pouvoir aux mots et je suis d'accord avec toi qu'ils en ont effectivement, surtout quand tu sais si bien les utiliser, ils deviennent des armes puissantes et non violentes, au service des causes les plus nobles, celles que tu défends avec beaucoup de rigueur et d'humanité.

Toutefois, même si je suis aussi consciente que toi de la puissance et du pouvoir des mots, j'accorde encore plus d'importance aux gestes, aux actions posées dans le quotidien.

Notre société deviendra moins homophobe le jour où l'on cessera de définir une personne par son orientation sexuelle. Cette personne est tellement plus que ça, quels sont ses projets, est-ce qu'elle a des rêves, un travail passionnant, une cause qui lui tient à coeur, rend-elle les gens heureux autour d'elle, aime-t-elle le porto, le vin rouge, le chocolat chaud, etc. Tu le sais, je l'ai déjà raconté ici, mon oncle a été assassiné sauvagement par un amant de passage. Dans notre famille, son orientation sexuelle était connue et acceptée le jour où il a cessé lui-même de vivre dans le mensonge. Il n'a jamais été persécuté ou ostracisé par quiconque de son vivant mais il avait eu beaucoup de mal à ne pas se considérer comme un homme (pourtant, il en était un) et pas non plus comme une femme (ce qu'il n'était pas). Cette troisième catégorie, quel que soit le nom qu'elle porte, lui a été pénible. Il en est mort.

Pour nous, mon oncle Gérald, le p'tit frère de mon père, ce n'était pas un homosexuel, un gai, une tapette. C'était un gars drôle, sensible, avec tellement d'énergie, les yeux brillants, le sourire facile. Il cuisinait bien, il aimait tout le monde et c'était réciproque, il raffolait de la mer, la bière bien froide, la vie au chalet, et sa fille, Nathalie, c'était son plus grand amour.

J'aime toujours mieux parler d'un homme ou d'une femme. C'est tout. Est-il bien nécessaire de faire d'autres catégories qui réfèrent à une préférence sexuelle?

Lise a dit…

Zed,

je crois que tu ne m'aimeras pas, car si je suis d'accord avec pour ce qui est( ne pas dire ) les mots péjoratifs, je n'ai aucune sympathie pour celui de "gais".

Comme Zoreilles je préfère dire homme ou femme, peu importe l'orientation sexuelle. Nous sommes tous des humains, quoi qu'il en soit. Homosexuel, signifiant une personne attirée par celles de son propre sexe, n'a rien de négatif, à mon avis.

Le mot "gai" ou "gay" implique du bonheur , de la joie. J'ai un merveilleux cousin qui, depuis qu'il a annonçé son orientation sexuelle, s'est vu rejeté par sa famille, totalement ostracisé !

C'est un homme adorable, qui a beaucoup souffert de préjugés, en plus ( au moment où il s'est décidé à l'annonce ) venait de rompre avec un compagnon de plusieurs années. Alors la gaité, elle est où ? Les amours difficiles n'ont rien à voir avec l'orientation sexuelle.

Pour terminer, j'aime beaucoup ta phrase au début, parlant du coeur piétiné depuis longtemps. Je crois que beaucoup de gens, et la majorité d'entre nous, avons le coeur piétiné d'une manière ou d'une autre.

Ce texte m'a touchée au delà de ce que je peux dire Zed. Tu as une sensibilité unique, et en te lisant je retrouve des impressions oubliées, que je serais incapable d'exprimer aussi bien que toi.

Zed Blog a dit…

Petite rose,

J'abonde dans le sens de cette merveilleuse citation. Et merci pour tes mots toujours si tendres et gentils!

Sais-tu, il faut que je te dise. Tu apportes du soleil pas seulement quand tout est sombre, toi. Tu partages les joies aussi et ça, j'adore ça!


Nina,

Bella, nous ne serons jamais d'accord là-dessus et ici, le terme générique ou général a été, depuis plusieurs années, remplacé par le mot personne.

Mais notre désaccord s'exprime par ce surréaliste défilement : inclutrxzsxqd!!! ;-)

La méchanceté, la cruauté, non, pas pour moi.


Circé,

Les enfants sont des petits animaux et sentent parfaitement la fausseté et le mensonge. Question de survie. Éteindre l'imagination fait partie de ce mécanisme.


Zoreilles,

« Des personnes, c'est tout », disais-je et je le crois, puisque je l'ai écrit.

Les mots sont puissants pas parce que ce sont des lettres et des sons, mais parce qu'ils donnent et retirent l'amour, acceptent ou rejettent, donnent raison de vivre et sens à sa vie ou enlèvent, sans laisser de trace physique immédiate. Moi qui vient de dégringoler à cause d'eux...

Ton cousin a dû entendre tellement de ces blagues blessantes qui ne sont pas que des blagues mais des valeurs. Comme ces mots qui n'ont pas passé pour moi, surtout qu'ils n,ont pas arrêté, à ce jour, d'être renforcés par d'autres, sexistes au cube. Je te courrielle à ce sujet dès que j'ai l'énergie de t'en parler correctement.

Mais non, je n'ai (surtout pas) pas la sensibilité de ces gens. J'aime me promener, jouer, faire des cabrioles moins sérieuses sur les blogues, mais pas à n'importe quel prix.

Voilà qu'Accent Grave a raison, des mois plus tard, ce qui n'a rien pour surprendre de la part de cette personne si estimable. Son commentaire de décembre, quand j'ai fait ma retraite habituelle.

Cependant, perdre n'est pas un mot totalement adéquat puisque c'est plutôt gagner que l'on fait en restant intègre. Gagner les personnes qui ont vraiment raison d'être là. Gagner le respect de soi-même aussi. Fluidité.


Lise,

Au contraire, je suis tellement d'accord avec toi. Je trouve même péjorative l'expression « être gai », car c'est comme si les gens se retrouvant sous cette « bannière » n'étaient pas dans la réalité. Survoltage de Prozac. Tu l'exprimes très bien toi-même.

Mais c'est le terme que la communauté a choisi (raisons trop lointaines; genre de vie, valeurs et non seulement sexualité? Pas d'accord avec ça, je pense comme toi. Bien des gais ont le même genre de vie que bien des hétérosexuels. [Des « tristes »? :DDD]), alors, je respecte ce choix.

Autrement, « homosexuel », ça fait référence à la sexualité pure et dure. Oui, en un sens, ce serait préférable, mais une majorité de gens n'est peut-être pas aussi ouverte à la sexualité que ça.

Ça te dérange-tu que je t'aime encore? :)))))))))


Zed --- Merci pour vos commentaires. Faut en ajouter, il en manque encore des dizaines, sur ce sujet si important. Ça aide à voir où en sont les gens, aussi, pour ceux qui écrivent, et pour les autres, bien ça fait réfléchir un peu, non?

Rosette ou Rosie, c'est pareil a dit…

Merci, ma douce Zed, pour tes charmantes observations ! Je t'aime GROS, toi ! :-)

Zed Blog a dit…

Petite rose,

Gardons ça en livres, ça en fait plus qu'en kilos et tu t'entends tellement bien avec leur contenu...

Hihihi! Zed xx

Rosette ou Rosie, c'est pareil a dit…

En effet, ma douce Zed, en effet ! Quelle complicité nous pouvons développer à l'aide de mots... ou de maux (?). Enfin, c'est puissant, non ? ;)

Zed Blog a dit…

Petite rose,

Un mot vaut mille images...

(calcul avant inflation et taxes diverses)

;-) Z

 
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