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samedi 4 octobre 2008

La tragique erreur du Petit Poucet



Ayant une famille trop nombreuse et qu'ils ne parvenaient plus à nourrir, le père et la mère du petit Poucet étaient allés perdre leurs enfants dans la forêt et les y avaient abandonnés. Et pas qu'une fois. La forêt remplie d'inconnu et d'animaux possiblement dangereux, métaphore de… l'inconnu et de tout ce qui est dangereux. Du passage à l'âge adulte, dit-on.

La seconde fois, le petit Poucet, se croyant bien futé, avait semé sur son chemin des morceaux de pain, que les oiseaux, ses plus ardents défenseurs, eurent tôt fait de manger.




Mais comment passer à l'âge adulte après avoir été abandonnés? L'histoire ne le dit pas. Vaincre des ogres, jouer de stratagèmes, faire assassiner d'autres enfants pour s'approprier la richesse qui convaincrait les parents de les garder? Tout cela pour revenir où? Dans cette maison? Voilà l'erreur. L'horreur, aussi.

La vie est parfois un chemin dans la forêt la plus sombre, celle où à dix pas on n'aperçoit âme qui vive. Et parce qu'on ne sait quoi faire d'autre, on sème des cailloux et on revient tout droit où l'on s'était fait blesser en tout premier lieu.





Puis voilà qu'un jour, on sème du pain et on n'y peut revenir. C'est là que tout commence. On sème alors des poèmes, des mots, des musiques, des images, des gestes minuscules, tout ce que l'on peut, selon ses talents, et on finit, à force de travail et d'entêtement, par revenir en soi.

On découvre alors tout ce temps, perdu à retourner au mauvais endroit, et on a mal. Un vide immense.

On découvre combien les semences utiles ont mis de saisons avant de germer. Combien ces printemps, étés, automnes, hivers n'ont pu être remplis de ce qu'on aurait dû y mettre pour construire. Se construire.

On a alors deux choix : pleurer sur tout ce qui ne reviendra jamais ou se dire combien malgré tout il est heureux que l'on ait retrouvé ces charpentes, même fragiles, à consolider pour finalement, peut-être, avoir la possibilité de créer avec le temps qui reste.



Zed


Images : Gravures de Gustave Doré (la première aussi, je crois)




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19 airfolie(s):

Lise a dit…

Zed,

ce texte me parle, tu ne sais pas à quel point, ou plutôt tu le sais trop bien.

Tourner en rond, répéter les mêmes erreurs, revenir au point de départ, jusqu'au jour où une âme bienveillante nous ouvre les yeux, de sorte qu'il soit impossible de revenir en arrière. Le chemin est long et tortueux, mais au moins il débouche quelque part...

Gustave Doré, ses dessins sont effrayants, pour la plupart. De quoi faire peur aux enfants, ce qui est le but des contes. Faire peur afin qu'ils soient sages. Devenus adultes, ces enfants continuent d'obéir à d'invisibles dictateurs.

Alice ( au pays des merveilles ), qui a osé affronter ce qu'elle craignait, même si ce n'était qu'en rêve, a toujours été ma préférée. Lewis Carroll, de son pseudo, était génial, démontrant qu'il est toujours possible de sortir des pires situations. Alice se noyant presque dans un océan de larmes, versées par elle-même, est très symbolique du sentiment d'impuissance face à une situation qui nous dépasse.

C'est ainsi que je vois les choses, mais n'étant pas philosophe, je l'interprète à ma manière...

Jackss a dit…

Très beau conte que tu laisses à notre réflexion, Zed.
J'aime bien ton questionnement: Revenir ou?

Je pense qu'il n'est jamais bon de revenir dans un chemin qu'on a déja exploré. Ce qu'on laisse sur son chemin, ça va servir pour d'autres la plupart du temps.

J'ai une vieille tante qui m'a aidé un peu financièrement durant mes études. Elle me disait: ce que je te donne, c'est pour toi. Ne me remercie pas. Ne pense pas a me le remettre. Mais quand tu seras en mesure de le remettre, c'est a d'autre que moi que tu auras a le faire.

Ce conte me fait aussi penser au film sublime Born free. Le films vient d'une histoire vraie. Des aventuriers scientifiques anglais avaient élévé une lionne, a partir de sa naissance. Elle vivait en parfaite harmonie avec eux. Retourner la lionne dans son milieu naturel fut toute une aventure. Ils ont tenté de l'égarer. Elle a trouvé le moyen de revenir. Ils l'ont retournée a nouveau dans la jungle.

Le lionne revenait ensanglantée parce qu'elle n'avait pas appris a se défendre. Un film d'une sensibilité incroyable. Quelle belle leçon de vie et quelle belle trame sonore.

Bon, après avoir écouté un si beau conte, je suis mur pour aller au lit. Je vais tomber comme une balle.

NB: j'ai des problèmes de clavier. J'ai dû sacrifier des accent.

Pierre F. a dit…

Salut Zed,

Que serait le présent si le passé avait été différent? Difficile à dire, il y a tellement eu d'intersections qu'on sait pas si on serait sur l'autoroute ou dans un cul-de-sac. Reste que d'une façon comme de l'autre, l'avenir, la prochaine minute et les années à venir sont toutes des pages blanches que l'on peut remplir à sa guise.

Esperanza a dit…

Que de miettes de pains laissées derrière sans résultat dans ma vie... Puis, que de cailloux transportés en vain parce qu'oubliés au fond de la besace.

Maintenant où suis-je? Coincé quelque part entre hier et demain sans conscience du présent qui s'effrite trop rapidement.

Parfois, le laisser aller et le nauffrage semblent invitants, comme la trahison de soi envers soi.

Je ne crois pas avoir commencé à revenir parce que je ne sais pas si je suis arrivé... encore...

Zed Blog a dit…

Lise,

Tellement ça...

Tu sais que Lewis Carroll a écrit ce conte -tu te souviens combien je l'adore- pour une petite fille. Mais c'est un conte pour adulte aussi, non... Il y a beaucoup de logique et de mathématiques dedans et d'éléments angoissants quand on y pense. Là aussi, on revient souvent au même point. Ton allusion est donc brillante.

Et n'est-ce pas qu'un enfant sait pleurer, comme si sa vie entière dépendait de cette peine, là, juste là! Le présent est si habité lorsqu'on est petit. Une journée a la valeur d'une année entière!

Oui, les contes étaient effrayants, à ne pas raconter aux enfants.C'est excatement le sujet de mon billet. L'enfance (ou autre, peut-être aussi) est souvent source de si profondes blessures qu'on prend une vie à s'en remettre, on demeure fragile et lorsqu'on tombe, nos outils et possibilités se brisent et il faut presque recommencer à zéro. Mais presque, si on a pris soin de semer du pain et de la poésie.

Zed xxx

Zed Blog a dit…

Jackss,

Je pense tout à fait comme ta tante. Les gestes positifs, la tendresse, ça circule.

Pauvre lionne... ¦X Je vais me garder de regarder ce film, trop éprouvant pour moi qui adore les animaux. C'est aussi l'histoire d'assumer les conséquences de nos gestes, non?

Ne pas revenir là où on se fait blesser. Pas nécessaire, hein!


Zed ¦)

Zed Blog a dit…

Pierre,

À sa guise, pas tant que ça, je crois. Plus notre avenir est étroit, moins on peut le dessiner. Les pages sont tachées, déchirées, trop parfois.

Reste à voir ce que l'on peut encore mettre dessus, pour ne pas tout gaspiller et trouver le maximum de création dessus. Mais la société et la vie physique, la santé, surtout, créent aussi leurs contraintes.

Tes pages sont encore blanches? C'est que tu as bien travaillé et peut-être aussi, que tu as eu de la chance! Et alors, c'est tant mieux, tant mieux! Tu sauras en profiter et en faire profiter ton entourage.

Zed ¦)

Zed Blog a dit…

Esperanza,

On se fait une scuplture, avec tous ces cailloux?

Plus on vit étroitement, je trouve, je vis, plus on se satisfait de peu et plus le nauffrage semble invitant, voire insignifiant.

Des fois, ça prend une belle grosse vague de fond, pour au moins profiter du voyage...


Zed ¦)

Jackss a dit…

Zed,

Je suis hors d'ordre. Un peu. Sur ta page, j'ai trouvé un lien sensé et fort utile sur la sécurité sous la rubrique:GARDE-FOU.

J'ai fait comme si c'était des cailloux. J'ai suivi le lien. J'ai fait un copier-coller. Et j'ai placé le tout en dessous de ma phto sur mon blogue.

Je trouve qu'on oublie trop souvent ces précieux conseils.

Conséquence: ça pourra t'amener de la visite. Je te laisse le soin de décider si ça te convient.

Zed Blog a dit…

Jackss,

Ouais, merci bien!

Je viens d'en profiter pour y corriger quelques coquilles. automatiqUement, plaIt et non Î et un peu de mise en page.

Avec les dimensions de plusieurs de mes dossiers en cours, je n'ai pas eu le choix que d'apprendre à prévenir.

¦)

Tinky a dit…

Salut, Zed !
Un proverbe wolof dit :
"quand tu ne sais pas où bu vas, retourne-toi et regarde d'où tu viens".
Malgré cailloux et pain, je ne veux pas y revenir !!! Et puis, une maison se bâtit normalement sur des bases solides, pas sur du sable ou un marécage... Donc, j'ai fui le bayou, et j'ai choisi un ailleurs plus supportable ! Je préfère fuir ce passé qui me pèse, qui a empoisonné toute ma vie, et maintenant, je ne saurai trop remercier Freud et ses collègues, qui m'ont aidée à surmonter le pire, et à trouver la résilience pour l'affronter. J'ai vaincu le vilain dragon, j'en suis sortie un peu fatiguée, mais enfin sereine, ou presque !
Merci, ma Zédounette, pour ce joli moment de réflexion !
Amicalement,
Tinky :-)

Zed Blog a dit…

Tinky,

Je pense comme toi, que les ogres les plus voraces et les plus vilains sont sur le chemin du retour en arrière et non sur celui où l'on va.

De plus, c'est souvent si trompeurs, car ils se déguisent souvent en personnages familiers.

Parfois, regarder en arrière est sublime et on ne voudrait oublier aucun instant de ce qui fait le présent. C'est le cas des grandes et profondes amitiés.

Il y a ainsi des instants qui s'accumulent dans mon coffre à trésor et j'aime les regarder, encore et encore, les imaginer, comme si c'était maintenant.

Zed ¦)

Jackss a dit…

Ce qui étonne, c'est de voir ce que l'on pouvait raconter à nos enfants quand ils étaient jeunes.
Était-ce une erreur?

Quand ma fille Véro allait à l'école, au secondaire, lors d'une réunion de parents, son prof de français m'avait raconté ceci:

Dans les médias, on parlait beaucoup d'une fille qui avait été enlevée et assassinée. Sa soeur avait entrepris une campagne pour faire bannir la violence à la télé.

Le prof de français avait donné un devoir: une composition sur le thème de la violence à la télé. Elle avait été impressionné par le texte de Véro et lui avait fait lire devant toute la classe.

En résumé, elle disait que les contes que lui avaient racontés ses parents étaient aussi violents physiquement en psychologiquement. Il ne fallait pas se bander les yeux, savoir que la violence existait et apprendre à composer avec le phénomène.

Personnellement, je n'ai jamais défendu quelques émissions que ce soit aux enfants. Je regardais les émissions qui les intéressaient et j'en discutais.

Gooba a dit…

Hum... c'est un beau texte... mais même les ogres peuvent nous apprendre des choses fort utiles... Ça prend parfois du temps, par contre, et il est triste que ce soit parfois nécessaire de passer par là...

Zed Blog a dit…

Jackss,

Sans avoir la solution ultime, je mettrais certainement des balises au contenu de plusieurs émissions s'adressant aux enfants.

J'éliminerais notamment tout ce qui est sexiste et discriminatoire. Il reste quelque chose, à ton avis?

Vive les DVD de Bobino et Bobinette...


Gooba,

Merci! Et d'accord, quand ce ne sont pas nos parents, les ogres et qu'ils ne bouffent pas notre enfance...

Puis-je mettre des bémols à devoir passer par là? Je ne suis pas si sûre de ça. Si on remplaçait les gros géants ogres à couteaux par des vilains joueurs de tours, même qui tendent un fil pour nous enfarger, il me semble que j'aurais un peu moins de misère avec le concept. C'est négociable?

Une petite nature...

Zed ¦)

Gooba a dit…

Ce n'était pas le sens de mon commentaire. Ce que je me disais, c'était que certaines personnes n'auraient pas le choix de passer par les ogres pour comprendre les victimes réelles, ces personnes étant dépourvue d'empathie, sûrement dû à une vie sans ogres... Des fois, je te jure que je me demande si la souffrance est nécessaire pour devenir un être HUMAIN...

Zed Blog a dit…

Gooba,

On compare notre liste, alors?

Pas pour rien qu'on aime tant les autres animaux toi et moi, hein...

Zed

Rosette ou Rosie, c'est pareil a dit…

Qeul beau texte, ma Zed... Et je ne peux rien y ajouter de mon cru tout justement parce qu'il est trop beau et les commentaires ci-dessus veulent tout dire par leur justesse... Par conséquent, je cite Emmet Fox : Vivre dans le passé, c'est mourir...

aT etiteP esoR
xoxoxoxox

Jackss a dit…

Zed,

Quand je dis que ma vie est une suite de hasard, en voici un autre exemple assez éloquent.

Hier, j'ai parlé du film Born Free. Aujourd'hui, par hasard dans la chronique de François Charron, on montre un extrait des retrouvailles avec la lionne, un an après qu'elle soit retournée à la vie sauvage. Tout le monde disait qu'elle ne pourrait les reconnaître et qu'il serait même dangeureux d'essayer de l'approcher. Voyez le résultat dans le vidéo suivant:

http://www.francoischarron.com/fileadmin/phpscripts/pubvideo/playlist/IDI1223314023ID48ea4a672c208.asx

 
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